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Alfredo Volpi, La poétique de la couleur - Villa Paloma
  • 09.02-20.05.2018

Vue d’exposition « Alfredo Volpi, la poétique de la couleur » - Salle Bleu outremer - Années 1960-70 - Photo : NMNM/Andrea Rossetti, 2018 Vue d’exposition « Alfredo Volpi, la poétique de la couleur » - Salle Bleu outremer - Années 1960-70 - Photo : NMNM/Andrea Rossetti, 2018

Du 9 février au 20 mai 2018

Avec le soutien de l'Instituto Alfredo Volpi de Arte Moderna, São Paulo
Commissaire : Cristiano Raimondi

NMNM-Villa Paloma
56 boulevard du Jardin Exotique


Le NMNM présente la première rétrospective consacrée à Alfredo Volpi par une institution publique hors du Brésil. Ce grand peintre brésilien, né en 1896 à Lucca (Italie), est arrivé dès 1898 à São Paulo, lorsque sa famille s’installe dans le quartier italien de Cambuci. Alfredo Volpi est mort en 1988 à São Paulo.








 
L’exposition retrace l’ensemble de sa carrière, depuis les premières peintures à l’huile des années 1940 — paysages naturels et urbains pour l’essentiel — jusqu’aux œuvres des années 1950, 1960 et 1970 qui métamorphosent les mêmes sujets en compositions géométriques très colorées, archétypes oniriques de façades et de banderoles. Cet « algorithme » modeste et poétique permet à Volpi de créer d’infinies variations de tons sur le même thème.

Le NMNM expose plus de 70 œuvres qui relatent l’histoire de ce peintre indépendant et autodidacte, fasciné par les débuts de la Renaissance italienne, par Matisse, Morandi et la culture populaire, ce qui lui valut de remporter, avec Di Cavalcanti, le Prix National de peinture à la deuxième Biennale de São Paulo. Volpi suscita l’intérêt du célèbre critique anglais Herbert Read qui le décrivait comme un artiste « conscient du mouvement mais qui réussit à créer des œuvres contemporaines sur un thème local, celui des formes et des couleurs de l’architecture brésilienne moderne. »

Volpi est sans doute le plus apprécié des peintres brésiliens du XXe siècle mais, jusqu’à tout récemment encore, il restait peu connu en dehors de l’Amérique latine. Formé très jeune à la sculpture sur bois et à la reliure, il commence par gagner sa vie comme assistant d’un peintre en bâtiment, décorant les demeures de la riche bourgeoisie de São Paulo. Cette « école », comme l’écrit Mario Pedrosa, lui permet « d’apprendre les techniques les plus subtiles » et de gagner assez d’argent pour développer son talent artistique et ses aspirations ; ainsi il peut donner libre cours à son imaginaire en évitant l’académisme.

Dès la fin des années 1940, les paysages urbains et les marines que Volpi avait commencé à peindre dans les années 1910 se métamorphosent, devenant des représentations de façades de bâtiments et de rangées de banderoles festives et se fondant dans une totale abstraction grâce à une observation minutieuse du quartier d’ouvriers modestes qui l’entourait. Pour l’artiste, l’expérience et l’observation forment les bases essentielles du processus créatif : une expérience directe, transposée exclusivement par la mémoire de l’espace pictural.

Quand Volpi connait le succès pour la première fois, dans les années 1930, il est encore indifférent aux styles et aux préceptes académiques, et assez éloigné des avant-gardes de son époque. Ses liens d’amitié avec des artistes célèbres comme Emygdio de Souza et Ernesto de Fiori, ainsi que son appartenance au groupe Santa Helena, l’incitent sans doute à se réjouir de certains aspects du style moderne. Toutefois, sa découverte des œuvres de grands artistes européens exposés au Brésil dans les années 1940 devient une nouvelle source d’inspiration, informant ses solutions formelles et sa manière d’organiser l’espace pictural.

Au cours des années 1940, grâce à des peintres divers tels que Cézanne ou Matisse, Mario Sironi, Carlo Carrà ou Giorgio Morandi, Alfredo Volpi apprend à remodeler l’espace pictural. « Ces nouvelles coordonnées poétiques obligent Volpi à modifier sa technique, écrit Lorenzo Mammi. Le passage de l’huile à la tempera lui permet de rendre visible le mouvement du pinceau, qui devient un élément constitutif de ses tableaux, tout en garantissant la valeur absolue de la couleur, indépendamment de la lumière et de la texture. Autrement dit, de concilier Morandi et Matisse. »

L’artiste ne suit pas un programme conceptuel : « Volpi peint du Volpi », résumait Willys de Castro. Le peintre perçoit le potentiel moderne de l’art populaire et crée une synthèse unique entre l’art « majeur » et l’art « mineur », entre les beaux-arts et l’art naïf. L’art populaire lui permet de trouver une forme atemporelle et universelle, loin de la rationalité transcendantale européenne ou de l’empirisme nord-américain.

En 1950, grâce à Osir Art, un atelier de céramique où il travaille avec des créateurs brésiliens de renom tels que Candido Portinari, Mario Zannini et Paolo Rossi Osir, il réussit enfin à se rendre en Italie où il découvre la chapelle des Scrovegni à Padoue, peinte par Giotto da Bondone. Une révélation... Il examine les fresques pendant des jours, fasciné par cette technique, par l’usage du bleu outremer et par l’humanisation des saints et des personnages représentés. Au cours du même voyage, il visite Arezzo où, après avoir contemplé les célèbres fresques de la légende de la Vraie Croix peintes par Piero della Francesca, il décide, de façon surprenante, que la première Renaissance est beaucoup plus intéressante pour la recherche sur l’espace qu’il mène déjà depuis quelque temps. Enchanté par Margheritone d’Arezzo et Cimabue, deux grands peintres du XIVe siècle, il étudie la composition rigide de leurs « Vierge à l’Enfant » ; il en aime l’organisation spatiale en ovo frito (« œuf au plat ») selon ses mots, consistant à inscrire la Vierge et l’Enfant sur un fond sans relief, à deux dimensions. Volpi ne s’intéresse ni à la perspective ni à l’aspiration au réalisme de Piero della Francesca, qu’il avait déjà abandonnées dans son propre travail ; il s’intéresse beaucoup en revanche à certaines solutions spatiales offertes par les étendards de Paolo Uccello, qu’il utilise dans ses propres fresques pour créer des espaces nouveaux et fluctuants. 

Malgré la notoriété dont il jouit durant les trente dernières années de sa vie, l’histoire d’Alfredo Volpi est celle d’un homme simple, réservé, entièrement dévoué à son œuvre et qui n’oublie jamais ses origines modestes. Un homme qui chaque jour, jusqu’à l’âge de 88 ans, construit ses propres cadres, tend lui-même ses toiles et prépare les pigments et les argiles pour créer la magie des couleurs. Aujourd’hui, il semble incroyable que si peu de gens en Europe et aux États-Unis connaissent sa vie et son travail ; jamais une institution muséale ne lui a consacré une exposition personnelle, à l’exception d’invitations à la Biennale de Venise en 1952 et 1964 et de quelques expositions commerciales.

Comme Morandi pour les Italiens, Volpi le « coloriste » est devenu un héros et une véritable légende au Brésil. Aujourd’hui, on voit assez facilement le rôle de créateur isolé qu’il jouait sur la scène de l’avant-garde internationale, à mi-chemin entre le modernisme et les mouvements concrets et néo-concrets brésiliens. On pense à Morandi pris en étau entre les expérimentations du XIXe siècle et les mouvements métaphysiques italiens. Le langage unique et universel de Volpi doit être considéré comme appartenant au patrimoine commun, culturel et visuel, mais aussi comme un exemple positif offert par l’histoire de l’immigration. 

Un catalogue coédité par Capivara Editora et Mousse Publishing rassemblant des textes de Lorenzo Mammi, Jacopo Crivelli Visconti et Cristiano Raimondi sera disponible en français et en anglais à la fin du mois d'avril.




 
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